« L’esprit cherche et c’est le cœur qui trouve »
George Sand

Cholestérol et Statines

Que penser de la polémique sur les Statines ?

 

« Beaucoup de bruit pour rien » (William Shakespeare)

Peut-être faites vous partie des quelque 4 millions de Français à qui leur médecin a prescrit une statine pour réduire leur risque de subir un accident cardiovasculaire majeur, principalement un infarctus du myocarde ?

Si c’est le cas, vous avez probablement été interpelé(e) par la campagne médiatique du début de l’année 2013, qui a largement assuré la promotion d’un ouvrage destiné à vous dire « La vérité sur le cholestérol » (1).

Il est possible que vous vous soyez inquiété(e) du bien fondé de la prescription de votre médecin ? D’autant plus que ce livre profite volontairement de la suspicion généralisée sur les médicaments.

            Il ne serait pas impossible que l’écho médiatique de la promotion de ce livre et/ou sa lecture vous aient incité à envisager d’interrompre votre traitement par une statine, sans en référer à votre médecin.

            Dans cette hypothèse, la position de la Fondation Cœur et Artère est identique à celle de la « Haute Autorité de Santé » (2) : il ne faut en aucun cas arrêter votre traitement. Si vous êtes inquiet(e), il convient de prendre contact avec votre médecin pour en discuter.

Pourquoi suivre votre traitement scrupuleusement

Parce que, et contrairement à la thèse soutenue dans 354 des 357 pages de cet ouvrage, les statines sont efficaces pour diminuer le risque de subir un accident cardiovasculaire ischémique en prévention secondaire de ces pathologies (infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral ischémique), c’est-à-dire quand elles sont prescrites à des personnes ayant déjà été atteintes par ces pathologies. Mais, elles sont également efficaces en prévention primaire de la maladie coronaire, où il s’agit de personnes n’ayant pas d’antécédent d’accident coronarien aigu (infarctus du myocarde), mais chez qui la seule augmentation significative de la concentration de cholestérol dans le sang accroit le risque de déclencher cet accident, en particulier quand d’autres facteurs de risque sont associés (hypertension artérielle, diabète, surpoids, etc.). Les essais cliniques réalisés avec les statines chez des dizaines de milliers de patients à travers le monde ont prouvé l’efficacité de ces médicaments, contrairement à ce que tente de faire croire cet ouvrage. La démonstration de cette efficacité a été produite par l’utilisation de tests statistiques universellement reconnus.

             Il convient de rappeler que les statines sont des médicaments destinés à réduire la concentration de cholestérol dans le sang, en réalité elles diminuent le cholestérol véhiculé dans le sang par des transporteurs que l’on nomme LDL, d’où le non de cholestérol-LDL (qualifié de « mauvais » cholestérol). Ces transporteurs sont nécessaires en petite quantité dans la circulation sanguine pour délivrer du cholestérol aux cellules de l’organisme, mais quand ils sont trop nombreux, ils pénètrent massivement dans la paroi des artères et n’en sortent plus, initiant et contribuant ensuite au développement des plaques d’athérome. Diminuer la concentration de LDL-cholestérol par une statine a pour effet de réduire la formation de nouvelles plaques d’athérome, et de « stabiliser » celles qui existent déjà, c’est-à-dire de ralentir et même d’arrêter leur progression et de limiter leur dangerosité. Une plaque d’athérome est dangereuse quand son risque de rupture est élevé. En effet, une rupture de plaque expose son contenu au sang artériel, provoquant immédiatement la formation d’un caillot, qui risque d’obstruer l’artère et donc d’arrêter la circulation du sang, provoquant la mort du tissu qui devrait normalement être irrigué par cette artère. Il s’agit d’un infarctus (infarctus du myocarde, quand une artère qui irrigue le cœur se bouche brutalement).

LE VERITABLE OBJECTIF DE VOTRE MEDECIN QUAND IL VOUS PRESCRIT UNE STATINE EST DE REDUIRE VOTRE RISQUE DE PRESENTER UN ACCIDENT CARDIOVASCULAIRE AIGU, infarctus du myocarde en particulier.

           

La communauté médicale et scientifique du monde entier s’accorde pour reconnaître les 3 points suivants :

 

  • Il existe des preuves scientifiques absolues concernant la responsabilité des « mauvais » transporteurs de cholestérol (cholestérol-LDL) dans la formation des plaques d’athérome, qui se développent dans la paroi des artères. Des centaines de chercheurs l’ont démontré depuis plus de 40 ans en publiant leurs travaux dans des dizaines de revues du plus haut niveau scientifique, contrôlées par des comités de lecture internationaux. Le fait d’introduire 2 mots clés (LDL-cholesterol et atherosclerosis) dans la base de données utilisée par tous les médecins et biologistes du monde (PUBMED) (3) permet, en date du 23 mars 2013, de consulter 10503 publications scientifiques depuis 1970.
  • De même, les données épidémiologiques concernant la relation qui unie le cholestérol-LDL aux pathologies des artères coronaires (artères qui irriguent le cœur), s’accumulent depuis plus de 40 ans (2603 articles scientifiques dans la base de données PUBMED (3), à partir des mots clés « LDL-cholesterol », « epidemiology » « coronary heart disease »).
  • Enfin, les travaux étudiant la capacité des statines à réduire le risque de maladie coronaire font l’objet de publications validées à travers le monde depuis plus de 30 ans (6496 articles scientifiques dans la base de données PUBMED (3), à partir des mots clés « statin » et coronary heart disease »).

            Plusieurs milliers de publications scientifiques et médicales consacrées au cholestérol-LDL, à la maladie coronaire, et aux statines sont donc disponibles. Si l’on considère le nombre de chercheurs et de médecins impliqués dans ces publications, on constate, que depuis 40 ans, elles mettent en cause plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le monde entier.

            C’est à partir des résultats de ces études, qu’il existe un consensus universel sur l’implication du cholestérol dans les pathologies cardiovasculaires et sur l’efficacité des statines dans la prévention de ces pathologies.

 

Les thèses et l’argumentation (354 pages sur 357 pages) de « La vérité sur le cholestérol »

« Tout ce qui est excessif est insignifiant » (Talleyrant).

            Les thèses défendues par cet ouvrage sont les suivantes : Le « mauvais » cholestérol n’existe pas (LDL-cholestérol) ; le cholestérol n’est pas impliqué dans la formation des plaques d’athéromes ; les statines réduisent le cholestérol, mais ne réduisent pas les accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, en particulier).

        Les arguments utilisés pour asseoir les conclusions de ces thèses reposent sur les postulats suivants : Les cardiologues sont des hommes d’action qui ignorent les subtilités de la biochimie, (sous entendu, ils sont incompétents pour apprécier les bienfaits du cholestérol), le rôle dévolu au cholestérol dans la genèse des plaques d’athérome est une erreur médicale qui date des années 50 et qui n’a jamais été corrigée, les études épidémiologiques sont « biaisées », « biseautées », « travesties », « multi-trafiquées », car financées par l’industrie pharmaceutique qui donne ainsi une assise épidémiologique à son marketing médical. Quant aux essais cliniques, forcément effectués par l’industrie pharmaceutique pour étudier la capacité des statines à réduire le risque cardiovasculaire, ils sont tous « pervertis », « sans contrôle extérieur et dans le secret », ce sont des « opérations marketings et non opérations vérités ». Plus grave encore : ils « tous falsifiés à tous les niveaux », et ils subissent de « multiples manipulations statistiques » etc.. Enfin, les quelques contradicteurs de la théorie du cholestérol et de l’efficacité des statines sont « excommuniés », et les « bûchers les menacent » etc.

             La rhétorique déployée pour convaincre et convertir le lecteur est du même ordre que celle utilisée par la « théorie du complot », qui vise à nier des faits universellement admis, sauf par quelques zélateurs d’une réinterprétation antisystème. L’industrie pharmaceutique, en majorité américaine, aurait donc secrètement orchestré de façon malveillante un gigantesque complot mondial pour tromper la quasi-totalité des acteurs des systèmes de santé (médecin, chercheurs, patients etc), en falsifiant l’intégralité des études scientifiques, épidémiologiques et cliniques, afin de vendre coûte que coûte, à prix élevé, le plus de boites de médicaments inefficaces. En vérité, le cholestérol ne jouerait aucun rôle dans ces pathologies, comme le soutiennent quelques chercheurs isolés (4). Certes, il existe dans l’histoire des sciences des exemples de savants qui ont dû lutter contre le consensus ambiant pour faire admettre le bien fondé de leur découverte qui s’opposait au dogme, et ce livre ne manque pas de le rappeler en citant entre autre Louis Pasteur (Il manque Galilée), afin de semer le doute dans l’esprit des lecteurs. Mais il existe aussi des chercheurs « non-conformistes » qui se sont enferrés dans des raisonnements pseudo-scientifiques, dont les conséquences furent catastrophiques, quand ils convenaient au pouvoir qui décida de les appliquer. On ne manquera pas de citer le cas de l’agronome soviétique Lyssenko qui pourfendait la génétique mendélienne en la dénonçant comme étant  «réactionnaire» et «idéaliste, indigent du point de vue scientifique et stérile du point de vue pratique» (5), et la mise en oeuvre de ses théories « non-conformistes » par le pouvoir, qui conduisit à l’effondrement de l’agriculture soviétique.

            Pourquoi poursuivre votre traitement scrupuleusement (suite) ?

« Le doute est le commencement de la sagesse » (Aristote)

             La lecture de « La vérité sur le cholestérol » va selon toute probabilité inciter des patients à arrêter leur traitement par une statine (des témoignages existent), et les statistiques étant implacables, des patients présenteront un infarctus du myocarde fatal ou non. Dans ce cas, certains se poseront la question suivante : cet accident serait-il survenu, si le traitement n’avait pas été interrompu ? Question impossible à trancher avec certitude d’un point de vue médical, mais qui pourrait bien être posée en justice, soit par le patient lui-même, s’il a survécu, soit par ses proches. La lecture de ce livre aurait-t-elle conduit la future victime à perdre des chances de survie, ou de vie en bonne santé, en l’ayant incité à interrompre son traitement ? Ce sera aux juges et non plus aux médecins de trancher !

            Tout laisse à penser que ‘Courageux mais pas téméraire’ l’auteur de ce livre ait envisagé cette hypothèse en plaçant dans les premières pages de son ouvrage (page 21) une ordonnance médicale qui discrédite le discours du reste (soit 99% !) de l’ouvrage. En effet, «Au bénéfice du doute et dans le seul intérêt des malades», l’auteur de ce  livre  recommande dans son ordonnance d’utiliser les statines dans des conditions qui sont celles de la prévention secondaire, ou celles de la prévention primaire quand il existe des facteurs de risque associés (diabète, hypertension artérielle) ou une hypercholestérolémie majeure. Il s’agit d’une « ordonnance » qui reproduit presque à l’identique les recommandations de la Haute Autorité de Santé (qui aurait été responsable par ailleurs d’une « consternante analyse de la littérature sur le cholestérol » (1, page 44) !

            Pourquoi avoir écrit 354 pages pour tenter de démontrer qu’il n’y aurait aucun lien entre le cholestérol et les maladies cardiovasculaires et vouloir convaincre le lecteur que les statines ne réduisent pas le risque cardiovasculaire, et placer en préambule de cette démonstration les recommandations d’utilisation admises par la communauté médicale ? Reconnaissant de facto le rôle joué par le cholestérol dans les pathologies cardiovasculaires, ainsi que l’efficacité des statines pour réduire leur incidence.

           

En conclusion 

Les statines sont efficaces pour réduire le risque cardiovasculaire en prévention secondaire et en prévention primaire, quand elles sont prescrites en conformité avec les recommandations en vigueur, ce que ne manquent pas de faire les médecins quand ils rédigent leurs ordonnances.

            Vous devez donc suivre scrupuleusement l’ordonnance de votre médecin (Vous faîtes d’ailleurs très probablement partie des patients pour qui le Pr. Even, lui-même, prescrirait la même ordonnance, dans votre seul intérêt !).

(1) La vérité sur le cholestérol. Pr. Philippe Even. Cherche Midi. Février 2013. ISBN 978-2-7491-301362

(2) Haute Autorité de Santé. Pour un bon usage des statines. 14 février 2013. http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1360516/pour-un-bon-usage-des-statines

(3) www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed

(4) Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent il vous soignera sans médicament, Dr Michel de Lorgeril, Thierry Souccar Editions, 2007, ISBN 978-2-916878-05-8. Cholestérol Mensonges et Propagande, Dr Michel de Lorgeril, Thierry Souccar Editions, 2008, ISBN 978-2-916878-17-1.

(5) Histoire des sciences de l’Antiquité à nos jours, sous la direction de Philippe de la Cotardière, Editions Tallandier